Enquêtes orales. Les égyptiens grecs.

14 – 21 octobre 2017. Enquêtes orales. Les mémoires du canal de Suez de la communauté grecque.

 Arnaud Ramière de Fortanier  président du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez

Philippe Joutard  administrateur du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez

Christine Adrien  déléguée générale du Souvenir de Ferdinand de Lesseps et du canal de Suez

Yehia El Sadr président des anciens ismaïliotes

Raymond Collet Centre d’études alexandrines.

Il est important d’inclure dans notre travail de mémoires orales commencé en février 2017 au Caire, les témoignages de communautés autres qu’égyptiennes. Nous poursuivons ainsi à Athènes.

Nous logeons à l’EFA, école française d’Athènes. C’est d’ici que le président Macron  prononce son discours présidentiel en septembre 2017. Les missions archéologiques s’y croisent et se succèdent, la salle à manger-cuisine y est un excellent lieu de rencontres. L’EFA est situé dans un quartier jeune d’Athènes. Les villes européennes évoluent en même temps et de la même manière. Les jeunes élisent de nouveaux endroits intimes et vivants, sans voitures.

C’est Apostolos Tzitzas, membre du conseil d’administration de « l’association des grecs d’Egypte » qui va nous piloter pendant cette semaine. Il parle français.

Les grecs sur le chantier du canal.

La suppression de la corvée sur le chantier du canal de Suez et le développement de nouvelles technologies ont  permis à une main d’oeuvre qualifiée venant du pourtour de la Méditerranée  Grèce,  Syrie, Liban, Italie, de mettre ses compétences au service de la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez et du percement de l’Isthme.

La communauté grecque est venue en grand nombre. Elle provenait  des Balkans, d’Asie Mineure, des Iles ioniennes et de mer Egée et a formé jusqu’à 10% de la population étrangère.

Beaucoup viendront notamment de l’île de Kassos, proche de Crète et d’Egypte. Très présents et reconnus, les grecs de Kassos ont même demandé à Ferdinand de Lesseps  d’appeler la nouvelle ville donnant sur la Méditerranée Nouvelle Kassos. Il préfèrera Port Saïd. 

Une chanson kassiote dit : « Si tu vivais, Ferdinand de Lesseps, on t’aurait jugé car tu as déserté Kassos et peuplé le désert du canal ». Les grecs de Kassos forment encore  une communauté soudée.

 Les égyptiens grecs d’Athènes

Les grecs que nous avons rencontrés se disent égyptiens grecs. Ils sont très liés à leur histoire qu’ils vivent encore comme heureuse et se regroupent en associations très actives.

A Athènes, les grecs égyptiens occupent un immeuble de  5 étages leur appartenant.

Les grecs du canal y sont une force. Très nombreux, ils se répartissent en 3 sous sections : Port Saïd, Ismaïlia, Suez. On trouve aussi les anciens du Caire, d’Alexandrie et d’autres villes moyennes, tous forment une véritable diaspora.

Chaque groupe organise ses propres dîners d’anciens et fêtes commémoratives. Les grecs de Suez sont 180 lorsqu’ils nous reçoivent à dîner. Les 3 cuisiniers du restaurant qui ne désemplit pas sont égyptiens.

Les égyptiens grecs aiment parler arabe entre eux. Ils parlent aussi français, restes de l’éducation des frères du canal. L’anglais ne semble pas non plus leur poser de difficultés. La langue grecque est peu parlée dans le monde. Les grecs transforment ce handicap en devenant  polyglottes.

Une mémoire heureuse, une jolie mémoire.

Ces enquêtes nous ont permis de mieux percevoir les liens évidents entre la Grèce et l’Egypte depuis Alexandre le Grand. L’ambassade d’Egypte à Athènes est d’ailleurs  le bâtiment le plus visible à côté du palais présidentiel.

Comme nous l’avions compris lors de nos enquêtes en Egypte, le canal est synonyme de brassage culturel intense. Il est encore une fois synonyme d’une communauté de destin heureuse. 1956 et les départs provoqués ne provoquent pas d’amertume, seulement des regrets d’une belle vie révolue. L’identité culturelle du canal est encore très forte.

Si les grecs voient les français comme à part et ne se mélangeant pas au reste des nationalités présentes, ils ont encore beaucoup d’estime, de respect et d’admiration pour Ferdinand de Lesseps qu’ils sont fiers de présenter comme ami de leur famille. Ils sont également reconnaissants du modèle social mis en place par la Compagnie.

Nous savons que les grecs partagent aussi une mémoire syndicale active comme l’a traité Angelos Dalachanis mais n’avons pas reçu de témoignages de ce mouvement militant ouvrier.

Quelques faits et interviews marquants :

  • Dimanche 15 octobre à Kifissia, en proche banlieue d’Athènes.

Nous sommes conviés à la cérémonie aux morts de la 2è guerre mondiale dans un nouveau club grec égyptien.

L’ambassadeur d’Egypte en Grèce et son attaché naval sont présents. L’ambassadeur d’Egypte en Grèce  parle français. Il n’y a pas de représentant de l’ambassade de France au grand regret des grecs.

Arnaud Ramière pour la France et Yehia El Sadr pour l’Egypte déposent une rose au pied du monument aux morts. Nos grecs sont imprégnés de vie égyptienne. Le déjeuner qui suivra réunira 150 personnes. C’est une affluence à laquelle nous sommes peu habitués.

Cette présence égyptienne encourage Philippe Joutard pour l’organisation d’un colloque à Marseille en 2019 sur l’Egypte, le canal et la seconde guerre mondiale.

  • Quelques Personnes interviewées.

Costandinos Tzitzas,

famille du canal de Port Saïd depuis Ferdinand de Lesseps, soit 3 générations. Son grand-père ingénieur mécanicien ouvre le canal de Suez, a fait ses études en France, vit, s’habille et pense à la française. Le père de Costandinos est commerçant et possède 2 coopératives sur le canal. Apprenti de la Compagnie, Costandinos est remarqué par le président Charles Roux qui veut l’envoyer en France pour parfaire sa formation. Les événements de 1956 lui font perdre cette chance. Il travaillera pour des compagnies américaine et italienne sur le canal puis rentrera en Grèce en 67 car la situation n’est plus tenable. Les grecs comprennent vite que leur avenir est condamné en Egypte. Ils sont victime de discrimination et d’une sélection au profit des égyptiens.

En 1956, la Grèce ne tient pas à un afflux de population car elle a du mal à absorber plus d’un million de  ressortissants rapatriés de Turquie en 1922. Elle encourage les grecs d’Egypte à rester sur place.

 

Tassoula Sifonios.

Son grand-père est entré à la Compagnie à l’âge de 16 ans au service des transmissions, son père y travaillera aussi. La famille Sifonios étudie dans les écoles françaises. Le canal, c’est l’alpha et l’oméga. On doit tout au canal, c’est une époque dorée.  Les amies de Tassoula sont grecques, libanaises, syriennes.

La vie se passe aussi au Cercle grec d’Ismaïlia, Cercle de référence pour le Moyen Orient. Un pass donne accès à toutes les activités gratuites. Théâtre, athlétisme, natation. On traverse facilement le canal à la nage malgré l’interdit. C’est amusant d’aller d’Afrique en Asie. Les bars, restaurants ne désemplissent pas.  Les bals, fêtes de Noël, du 14 juillet  et autres ponctuent une vie sociale qui reste  inoubliable.

Tassoula est élève des sœurs de Saint Vincent de Paul à Ismaïlia. On y apprend sans distinction le français, l’anglais, l’arabe.

En 1956, les sœurs de Saint Vincent, chassées de leurs murs créent des classes en plein air dans les locaux de l’hôpital. Elle devront quitter l’Egypte et partent pour le Liban en 1962.

En 1967, la famille de Tassoula abandonne Ismaïlia, en 1975 le Caire. L’arrivée d’Internet en 2010 puis de facebook renoue les liens des anciens du canal. Tassoula est polyglotte, elle trouvera très facilement un travail dans une compagnie aérienne.

Le retour des égyptiens grecs dans leur pays est difficile.  Bien formés par leur éducation et leur entreprise, ils trouvent facilement du travail et on leur reproche de prendre celui des grecs du continent.

 

Eugénie Papanicolau. 

Son père est ingénieur mécanicien. On parle français à la maison, grec, arabe, italien. Les amies d’Eugénie regroupent les nationalités du canal. Elle n’a pas d’amies françaises. Les français ne se mélangent pas.

En 1956, la Compagnie propose à M. Papanicolau un travail, une maison en France. La famille Papanicolau choisit de rentrer en Egypte. La famille a un passeport égyptien et n’a pas de problème pour rentrer. En arrivant à Ismaïlia, les français et les anglais sont partis, les maisons sont vides, gardées par l’armée. Le canal est fermé. L’école française est fermée, Eugénie va à l’école grecque.

La famille Papanicolau rentre en Grèce en 64. Elle a  un passeport égyptien par commodité, elle n’a pas de passeport grec et devra faire de multiples démarches pour retrouver sa nationalité d’origine. Le père d’Eugénie tient à rentrer en Grèce, il craint que son fils soit enrôlé dans l’armée égyptienne.

En arrivant en Grèce, les Papanicolau  se sentent étrangers, ils ne feront jamais le deuil d’Ismaïlia.

 

Georges Gavalas, professeur de Théâtre.

Son père est photographe. Sa mère a été élevée à l’ école française, son père à l’ école italienne, lui à l’école grecque.

Il retient de son éducation tout un brassage international. Georges Gavalas a été marqué par les farces et les mystères religieux du Moyen Age qui influenceront fortement son travail plus tard. Il présentera ses farces à l’Institut français puis à Salonique.

Georges Gavalas a été marqué par ses années de scoutisme. Les grecs que nous rencontrons ont été quasiment tous scouts cœurs vaillants.

 

Pénélope Deligiorgis, Pénélope la grecque dans l’armée égyptienne.

Famille amie de Ferdinand de Lesseps de Port Saïd, comme beaucoup le prétendent. Pénélope va à l’école grecque, fait ses études de médecine à Alexandrie. Elle apprend à l’école l’anglais et le français. L’engagement de Pénélope est politique.

En 1951/52, le peuple soutient le mouvement des officiers libres et le colonel Neguib. Pénélope vit avec enthousiasme ce changement et cette révolution. En 1956, Gamal Abdel Nasser va changer l’Egypte. En rendant le canal à l’Egypte, les égyptiens retrouvent leur honneur perdu.

Gamal Abdel Nasser crée une armée de jeunes filles. Il vient recruter à l’université de médecine. Pénélope s’engage et recrute des amies. Elle va passer 6 mois dans des camps d’entraînement fedayins et se tient prête à riposter à toute attaque étrangère. Elle fera la une des journaux égyptiens.

 

  • Quelques visites marquantes :

 

Athènes et son nouvel opéra, la Bibliothèque nationale et un parc. L’architecte italien Renzo Piano fait entrer Athènes et la Grèce brillamment dans le XXIè siècle grâce à la fondation Stavros Niarchos qui finance la création de ce centre culturel national de haut niveau. Engie soutient l’opéra national, il est engagé dans différents programmes.

 

Le centre culturel Onassis financé par la fondation Alexandre Onassis, la fondation Eugenides engagés dans des programmes d’expositions susceptibles d’accueillir un sujet comme celui du canal de Suez.

 

A Paris le 20 avril 2018.

Christine Adrien, déléguée générale.

 

 

 



Le voyage en Égypte, au mois de mars, d’Arnaud Ramière de Fortanier, président, et de Bruno Chauffert-Yvart, administrateur, avait pour but de faire le point sur les problèmes techniques que poserait la remise en place de la statue de Ferdinand de Lesseps à Port-Saïd. Le bulletin N°5 du SFLCS donne un compte-rendu détaillé de cette mission.



A l'occasion de la projection du film « Dans le secret des Reines du Nil » au Centre culturel égyptien, le 12 avril, a été organisé un débat avec M.Christian Leblanc, président de l’association pour la sauvegarde du Ramesseum. Une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes des récents attentats en Egypte.



Lundi 20 février, Christine ADRIEN a participé au colloque « l’Égypte, un marché aux atouts multiples », organisé par Business France au Sénat. 90 entreprises avaient répondu présent et de nombreux échanges autour du de SEM André Parant, SEM Ehab Badawy, du conseiller économique du service économique de l’ambassade de France au Caire Jérôme Baconin ont aussi permis de parler mécénat pour des projets de la France et de l’association en Égypte.



Vendredi 20 janvier, Christine ADRIEN a représenté l’association lors d’une réunion organisée pour une quinzaine d’entreprises à Paris par le Medef international sur le thème de la ville durable. La délégation égyptienne était présidée par Ahmed Zaky Badr, ministre égyptien du développement local et SEM Ehab Badawy, ambassadeur d’Egypte en France.
Christine ADRIEN a rappelé l’histoire de la Compagnie Universelle du canal maritime de Suez et celle des usines de traitement d’eau à Port Saïd, Ismaïlia et Suez. Elle a exposé les travaux de l’association autour de l’histoire du canal et du projet d’exposition de l’Institut du Monde Arabe. La dimension internationale de cette exposition prévue à Paris, puis Marseille et au Caire peut donner une bonne visibilité aux entreprises souhaitant investir en Égypte.

Rendez-Vous

Les imaginaires du canal de Suez
03 novembre 2018
Université du Caire, 4-6 novembre 2018

Ce colloque international et interdisciplinaire traitera des représentations littéraires et culturelles du canal de Suez entre 1858 et 1975.

Ouvert à tous, les frais d'inscription sont de 100€.

Hélène Brauener et Arnaud Ramière de Fortanier y exposeront leur communication.

Les Arenberg.
26 octobre 2018
au musée de Louvain. 26_10_2018<> 20_01_2019

Le musée de Louvain a imaginé retracer l'importance de l'histoire de cette maison princière par une exposition. Une partie sera dédiée à sa puissance économique. L'histoire du canal de Suez y a sa place par la présence du Prince Pierre Auguste d'Arenberg, président de la Compagnie universelle du canal maritime de Suez. (1896-1913)

L'association prête à cette occasion un tableau de ses collections: François Barry, le chantier N°5, vue du canal de Suez.

"L'épopée du canal de Suez"
19 octobre 2018
à Marseille au musée d'histoire de la ville 19_10_2018<>31_03_2019

"L'épopée du canal de Suez"de l'Institut du monde arabe à Paris se poursuit par une exposition au musée d'histoire de la ville de Marseille du 19 octobre 2018 au 31 mars 2019. 

La revue"Marseille", revue culturelle trimestrielle de la ville prépare son prochain numéro sur le thème: Marseille et l'Egypte.

Un voyage culturel autour de l'exposition sera annoncé prochainement. Deux colloques sont attendus en mars 2019.

 

Visiter l'exposition
16 mai 2018

Si vous souhaitez visiter l’exposition “L’épopée du canal de Suez” lors des visites proposées les :

Mercredi  16 mai   10h15
Mardi 22 mai         19h
Jeudi 24 mai         10h 15
Mardi 29 mai        10h 15
Mardi 5 juin          16h

Merci de bien vouloir vous inscrire en cliquant ici

Ouverture de l'exposition
27 mars 2018

News

"Canal de Suez : chantier de l'extrême"
26 janvier 2017

 Documentaire réalisé par Johanna Gauterie, avec l'aide de l'Association Lesseps Suez, diffusé le jeudi 26 janvier 2017 à 20H50 sur RMC Découverte (canal 24).

Visite du président Hollande en Egypte
17 avril 2016
Le projet d'exposition sur le canal de Suez à l'Institut du Monde Arabe à Paris pour 2018

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